Beau frère aumonier catho de prison

Belle soeur , soeur du beauf accepte l'invitation d'aller à la messe en prison pour Pâques. Me revient à la figure ma messe à la prison

Des semaines auparavant, envoyer une pièce d'identité et les raisons de la visite...

Juillet, très beau temps, ciel bleu pur, aucun nuage, il est 7H 45. Passer la grosse porte: bonheur ou détresse selon qu'on entre ou qu'on en sort. Donner mes papiers, recevoir un jeton. Et début des bruits métalliques: les clés, les serrrures, les portes à barreaux. De la taille, les clés passent aux mains puis aux serrures puis sont tournées, les gonds des portes grincent, on passe, à nouveau les clés reprennent leur rôle puis sont retirées . Jamais nous ne sommes dans un espace de liberté. Des hommes nettoyent le sol, ce sont des déténus. Premiers contacts.

A gauche d'un couloir une cellule pour les repésentants des différents cultes. Et le choc! La prise de conscience. Etroitesse des lieux, fenêtre en hauteur, seul apparait le ciel bleu. Oppression, penser à respirer calmement.

Dans la grande salle pour la cérémonie, une seule ouverture, heureusement ouverte là haut , impossible de l'atteindre mais au moins l'air de l'extérieur peut me faire plaisir. Ils arrivent; tout est orchestré, calculé, minuté, planifié organisé . Même ceux qui avaient prévu de venir et ne sont pas présents ont donné un mot pour témoigner qu'ils ne sont pas là de leur plein gré.

Ils sont  tous les âges, grands , petits, jeunes , vieux, souriants, renfermés, beaux, laids, aux regards assurés ou aux regards fuyant, sereins ou introvertis. De toutes façons, ce sont des hommes qui ont tous à priori une condamnation par la société à purger une peine  (comme on dit) et ensuite (je l'espère ) sortir en ayant un rapport meilleur avec la société sous forme d'une intégration dans le monde extérieur à ce terrible univers.

Lieu d'échange entre eux, d'étonnement de voir une femme de l'extérieur. J'ai été placée à proximité immédiate de mon beauf et de mon homme. Tranquillement le beauf laisse faire les discussions et prend progressivement en main le groupe d'une vingtaine de gars  de bien des nationalités (certains  ne parlent pas français mais viennent au culte...moment de liberté ou de reflexion ou de croyance d'un rachat ou de lieu de prière , de méditation. Seuls sont-ils peut être à savoir leur réelle motivation.

Mais je suis très mal. Malgré le sourire je ne peux m'empêcher de me dire que ces hommes ont peut être détruit des vies , physiquement , moralement , des familles , leur famille peut être également. Ils sont là pour accomplir la punition que la société leur a donné, on peut imaginer qui'ls sont aussi  en prison pour préparer leur "rachat" personnel en tant qu'être humain et devenir meilleur vis à vis d'eux mêmes et de la société.

Un sentiment étrange m'envahit : et les victimes? Pour toujours, elles sont détruites et rien ne pourra racheter la perte de leur vie physique, morale voire mentale.

Ils participent aux chants, aux lectures, l'un vient demander la rose que le beauf apporte comme symbole de beauté de la nature. Un autre a emprunté la guitare du beauf et gratte quelques sons crincrin..il jubile!

Une alerte, je ne sais ce que cela signifie. Tout à coup un surveillant me dit non! me hurle non! me gueule quelque chose. (oh excusez moi, jene suis pas du cion et je ne comprends pas quand on hurle") Le beauf a compris: "viens, il y a alerte, on doit sortir . Les gars nous font une haie, ils ne bronchent pas, ils ont compris mon questionnement intérieur: "c'est rien ça arrive souvent".

Non décidément je me sens incapable de cotoyer plus avant cet univers , je suis terrorisée par ma dualité entre eux et leur(s) victime(s).  De plus je dois avoir une grande naïveté.  Ma belle soeur me dit avoir vécu quelque chose de fort!