En 2000 j'ai marché du Puy en Velay à Santiago de Compostella. Ce n'est pas un exploit même si parfois les étapes qu'on s'est fixées sont un peu difficiles. 

Je tenais à y aller seule car je me connais , je me serais fais du souci pour la ou les personnes jointes à moi. ALors que seule je n'avais à m'occuper que de moi, à me motiver , à admirer le résultat de mettre un pied devant l'autre en me retournant et en me disant "j'étais de l'autre coté de cette montagne et grâce à mes quelques dizaines de centimètres à chaque pas j'ai pu faire tout ce trajet."

On remarque aussi qu'on est efficace quand on marche pendant un moment avec quelqu'un puis un besoin naturel vient nous sortir du chemin , on agit avec organisation et rapidité mais quand on revient reprendre la marche l'autre ou les autres sont déjà bien loin . SI on veut les rattraper il faut accélérer la cadence ou décider de les retrouver peut être à l'étape.

Cetter année, pour éviter d'être seule lors de l'anniversaire de notre mariage j'avais trouvé par hasar une adresse pour participer à l'accueil des pélerins. J'ai donc choisi une période qui encadre ce moment afin de ne pas penser. 

J'avais donc pas mal de ménage (rassembler les draps et taies d'oreillers que les pélerins avaient retirés de leur lit, passer l'aspirateur voire une serpillère, déposer un drap housse et une taie d'oreiller propres, puis rendre les salles de douches opérationnelles (2) ainsi que les toilettes) préparer le repas du soir . ("je me relèverais la nuit pour manger cette mousse au chocolat" ... faite par bibi!!) A 11 h accueillir les premiers pélerins qui souhaitent une omelette , un sandwich ou une pipérade (ce que je ne connaissais pas) ou tout simplement une bière, un coca ou un café après avoir sorti leur repas du sac ce qui était autorisé.

Nous mangions ce qu'il y avait dans le frigo (restes de la veille ou une omelette ...) dès qu'on le pouvait , le plus souvent entre 13h30 et 14h.

L'auberge ferme pendant une heure dans l'après midi, pour nous permettre de nous ressourcer dans les transats (j'ai bien bronzé en m'endormant sur mon livre de lecture.)

A 15h30 nous ouvrions car nos premiers pélerins arrivaient pour s'installer et prendre la douche réparatrice puis faire leur lessive, pendre leur linge. Oh peu de chose.... les sous vetements!

Le bar ouvrait également. Ce fut une belle gageure pour moi ce type d'aventure: allez savoir ce qu'est un tango , un monaco, un demi citron ou demi pêche, un galopin etc... heureusement j'ai eu un cours en accéléré par un homme tout disposé à cet enseignement.

Penser à mettre la table pour le repas du soir sans oublier ou les cuillères à soupe ou les serviettes en papier voire les verres

A 19h c'est le repas donc à 18h30 il ne fallait pas oublier de tout faire chauffer. Les retardataires étaient appelés par une cloche mais c'est si rare quand on a bien faim par les kilomêtres absobés

Nous organisions la vaisselle en même temps que nous mangions en nous répartissant le travail à 3. La gérante de l'auberge offrait une liqueur locale puis proposait de tamponner les crédenciales en même temps que les pélerins finalisaient le coté financier. 
NOus en profitions pour tout ranger et préparer la table du petit déjeuner où une orange trônait à chaque place. Mon compère d'aventure , un parisien lève tot, me permettait de rester une demi heure de plus au lit car il assurait la préparation du café et la découpe du pain et bien sûr l'acceuil des pélerins ragaillardis par un sommeil reparateur si le coq voisin ne les avait pas sorti des bras de Morphée à 3h33 du matin!! Prêts à affronter une nouvelle journée de leur périple complet ou sur quelques jours ou quelques semaines.

Etre attentif à chacun était un plaisir, chacun a son histoire qu'il vienne de Dortmund, de l'allemagne de l'est , de Genève ou d'Albi.

Certains étaient disserts sur leur motivation, d'autres ne traduisaient rien puis en confiance pouvaient annoncé leur souhait profond. IL n'empêche que le nombre de vrais pélérins ne m'est pas apparu important. J'ai surtout rencontré des personnes qui faisaient une randonnée particulière avec sacs trasportés par taxis, réservations de nuitées , annulations sans excuse de la réservation et prise d'un taxi pour rejoindre une connaissance.

Des vrais il y en a et ils sont très agréables , c'est même très interessant de les entendre parler de leur chemin . Ils chantent, ils vont à la petite église en face, ils sont souriants après la phase de récupération, parfois un peu inquiets pour l'étape suivante mais toujours confiant.

Ils se plaignent tous, y compris un cousin qui est en ce moment en Espagne vers Leon, d'avoir à marcher beaucoup sur l'asphalte. Je n'ai pas ce souvenir personnellement. J'ai appris cependant que le tracé changeait un peu au gré de certaines élections de mairie en fonction du niveau d'infuence du nouveau maire qui souhaite donner une impulsion touristique dans son village. Les gites et fermes et auberges d'accueil fleurissent un peu partour et des raccourcis en quantité ont été ajoutés pour canaliser cette "invasion touristique". De plus les paysans se lassaient de voir leur environnement parsemé de déchets matériels ou physiologiques et auraient haussé le ton.

Quoiqu'il en soit j'avais envie de vivre cette expérience et ce fut du bonheur. Mon adorable fleuriste a accepté de ne livrer les fleurs de Notre mariage offertes avec tendresse par ma belle soeur qu'à mon retour. Que du bonheur.