Il y a quelques années en plein été, à la prison de Fresnes, j'ai participé à la messe  pour les prisonniers.
Parcours du combattant avec copie de la carte d'identité  etc.... Normal vous dirai-je , on ne va pas dans l'Eden, mais dans l'enceinte d'un univers où on n'a pas à faire à des saints de la société civile!

En rangeant mes papiers pour faire du vide car j'ai tendance à tout garder, je retrouve ce courrier envoyé au prêtre après ce moment dense

"En vous remerciant de nous avoir permis de vivre cette forte expérience,

Tout était pesant et pourtant le ciel était magnifiquement bleu, le soleil était au rendez vous.

Pesants les batiments, les portes et le filtrage, le dédain des gardiens (heureux?) (je l'ai vécu comme tel.), les clés, le jeu des clés, (leur sonorité), les portes-barreaux sur toute la hauteur jusqu'au plafond, les filets anti chute, cette couleur verte envahisante (j'ai vu du vert partout!), la clé de votre cellule de prêtre, la tristesse de cette cellule, cet aspect grisâtre du vert, cet aspect de saleté qui est partout, ce cloisonnement partiel et en même temps total de tout espace.

Tout est oppressant. La cage thoracique n'arrive pas à se soulever ou n'a pas assez d'air pour se remplir et puis cette pièce en sous sol. Ouf une petite fenêtre la haut avec seulement des barreaux espacés. Qu'il y fait chaud! Et tous ces hommes qui entrent . Le prêtre est serein, à moins qu'il soit sur ses gardes . Non il fait confiance.

Bon, faire confiance. Tous ces hommes aux regards différents. Que cachent-ils derrière ces yeux? Qui a tué? Qui a avoué? QUi n'a pas avoué? Pourquoi ? Qui est innocent? Ils sont propres, certains très bien vêtus, ils discutent de plus en plus fort. Avec la chaleur  ça en devient presque angoissant.

Le prêtre , là au milieu, vaque à ce qu'il ressent. Un gars gratte une guitare ("on ne peut pas en avoir car ils ont peur qu'on s'étrangle avec... vous pouvez pas faire quelque chose pour que j'en aie une?...Non je plaisante"  dit le jeune avec un air dégagé qui en a vu d'autres.

Et celui là un peu forcé dans son pantalon qui reste coté porte et ne parle pas. A la fin, il viendra coté estrade discuter un peu, vaguement souriant.
Et pendant la célébration de la messe , ils chantent. Ca m'étonne, pourquoi? Je ne les imagimais pas avoir une harmonie de voix , certains communient!

L'un a lu un texte , les autres faisait silence je ne sais pas s'ils écoutaient. Le prêtre a simplement su l'amener tranquillement, je n'ai pas eu l'impression qu'il leur fut imposé. Le texte parle de la femme, sympa!

Moi j'ai eu à lire l'évangile ... s'il vous plait! Bizarre, j'ai eu l'impression que je connaissais ce texte par coeur (et pourtant ce n'est pas ma lecture de soirée) D'où cela venait il , une chanson, une prière de mon enfance chez les bonnes soeurs? . Mais je n'ai rien compris du sermon du prêtre...excepté quand il parlait sans ses notes (illisibles). Encore la femme. Ils écoutent, comprennent ils? tout ou des brides . Peut être mieux que moi. Ou peut être ce moment est-il simplement, pour eux, un havre de "paix"

Le prêtre avait apporté deux roses, elles ont trouvé preneur, il y a eu une reservation pour la prochaine fois (l'espoir), L'un prend le papier de son texte pour envelopper la tige , l'autre a moins d'attention.

Une alerte, j'avoue ne pas avoir compris ce qui se passait ni ce qu'on nous disait en aboyant. On sort, les hommes restent enfermés, on s'installe dans la zone carrée et commune du croisement entre deux allées, entourés donc de quatre grilles. Fausse alerte "oh vous savez c'est souvent".
Ils me disent ne pas avoir chaud, certains portent des pulls. Ils parlent encore un peu et c'est leur départ d'abord.

L'ouverture vers l'extérieur de cette porte connue par les médias et qui parfois libère des prisonniers à 2 h du matin m'est lumineuse vers le soleil, le superbe ciel bleu et ...l'air pur (si si!!!)

LA LIBERTE Wahououou!

Quelle merveille que cette liberté! En ce moment elle semble subir quelques entailles par la folie humaine malgré un beau ciel bleu et le soleil couchant.