Notre hotel est parfaitement placé. Un peu bruyant et le tarif en dehors de Booking est plutot du niveau usurier.  Nous entreprenons d'emblée de découvrir la ville à pédibus. Nous ferons entre 12 et 16 km par jour selon notre téléphone . Est il fiable? No say!

A quelques encablures face au fleuve Guadalquivir, une enceinte un peu ronde et un environnement qui fait penser à des arènes. Le prochain "spectacle" est dans deux jours. Nous ne nous concertons pas vraiment pour décider. Notre curiosité nous pousse à faire quelque chose qu'il n'est pas dans l'air du temps de pratiquer. Les bien-pensants, par leur matracage anti corrida, nous culpabilisent. Nous sommes toutefois un peu sur le qui-vive personnellement  puisque  nous demandons des places les plus hautes possible  supposant qu'elle nous éloigneront d' un "spectacle" qui pourrait nous déranger. Encore qu'il est toujours possible de quitter les lieux.

Bref nous  ne sommes  pas très tranquilles avec nous-mêmes pendant ces 48heures.

Pourtant  je n'ai pas à juger car si la corrida est un fait culturel je dois la respecter. De plus mes ancêtres ont survécu parce qu'ils tuaient des animaux pour survivre.

Le jour J , il est 19h,  nos places sont inondées d'un soleil de plomb? Nous montons à celles  libres plus haut. Un américain s'y est installé pour les mêmes raisons . Il parle très bien le français pour avoir vécu à Paris trois années d'étudiant avec de superbes souvenirs dit il. Il nous propose de nous expliquer les trois phases de la corrida.  Ce qui est bienvenu pour nous éviter de larmoyer sur notre sort de touristes.

Tout un folklore culturel entoure l'entrée en scène du taureau, puisque nous verrons défiler les toréadors au corps d'athlète dans leur magnifique tenue professionnelle (près de 10kg s'il vous plait!) aux fonctions différentes, les chevaux carapaçonnés, les hommes en tenue de boucher, les hommes dont la perfection de la piste dépend, le petit homme et son balai qu'on verra en riant à chacune de ses actions. Quand l'acteur principal entre en scène le silence est total devant sa curiosité. Il regarde à gauche à droite avant d'être sollicité par la cape de "l'excitateur" de couleur violette mesurant 145 sur 85 cm dont un angle est  un peu arrondi . A qui vont ces applaudissements? Aussi bien à la belle bête qu'à l'homme!

Il y a comme une complicité entre les  hommes sur le terrain aux fonctions diverses  qui se protègent par des  renforts en bois que le taureau attaque aussi. Ils s'entraident devant le brio de l'animal.

Lors de la deuxième phase, un picador je crois, s'avance délicatement à cheval . Celui ci est aveuglé par un bandeau noir mais à aucun moment, dans quelques situations que ce soi, il n'a manifesté sa peur ou sa crainte. Avec une longue pique, le cavalier s'approche du taureau et semble la lui ficher  sur le haut dorsal. Le taureau manifeste un peu et on entend ses coups contre les protections métalliques des pieds du cavalier. Le cheval reste toujours obéissant et calme.

La troisième phase est celle des passes  par le toréro. On admire la souplesse de ses déplacements , sa témérité sereine apparemment. Il faut être un vrai sportif pour ce job! Et des picadors vont alors se lancer à l'assaut du dos de l'animal avec des pics auquels des rubans de couleur sont attachés. Il y en aura  trois fois deux. Mais sieur taureau sait comment les dégager. IL m'amusait en secouant la tête comme une belle jeune fille qui souhaite relever sa mèche de cheveux sans pouvoir utiliser ses mains.

Et puis arrivera, au final, le coup d'épée ou de ??? qui aura raison de la belle bête qui va s'agenouiller pour se coucher latéralement.

Les chevaux, par 4 il me semble, arrivent dirigés par les hommes en tenue de boucher , une fixation au taureau voué à la boucherie et ils partent au galop sous les applaudissemnts. Le petit homme et son balai court à très vive allure avec ses petites jambes (vues de très haut!), son balai à la main, lui donnant des mouvements de va et vient très rapides  au sol derrière la bête. il s'est passé un quart d'heure.

Un toreador a été sifflé mais il est le seul à avoir fait le tour de l'arêne recevant des objets qu'il renvoie.

L'américain lors du premier taureau commence donc à m'expliquer les phases au fur et à mesure . Puis il me dit " il y a un problème, je ne sais pas ce qu'il se passe" Il pouvait être surpris : après la phase des passes avec le toréro, tout le monde s'est retiré. Le taureau est seul et applaudi comme les autres. Soudain des clochettes teintent et nous voyons arriver environ 7 ou 8 vaches de belles tenues marron et blanc. Elle vont entourer le taureau pour le ramener vers la sortie!!! Toute belle image.

Ma petite soeur parfois se cachait le visage. Moi non.

Progressivement mon cheminement intellectuel a avancé.

1-Je ne dédaigne pas de la viande au repas

2-Ceux que je déguste sont abattus à la chaine, sans brio, sans spectacle, sans acclamation dans des abattoirs au milieu d'animaux anonymes dans un univers aux diverses odeurs nauséabondes.

3- Alors je préfère manger de la viande du taureau qui a donné ce spectacle à des gens qui l'ont acclamé, applaudi. 

Et je crois bien que je vais préférer que les taureaux que je vais manger soient tués au cours d'une corrida plutôt que dans un abattoir d'autant qu'on n'est jamais certain de retrouver sa propre bête.